Niveau :
S’étrangler, c’est ok ?
Crédit photo : affiche du film 50 nuances de Grey.
Aussi connue sous le nom de “breath play”, “asphyxie érotique” ou “choking”, la strangulation est une pratique sexuelle dont tu as peut-être déjà entendu parler, par exemple, sur les réseaux sociaux#️⃣. En dépit de ses origines BDSM, cette pratique intègre de plus en plus l’idée que l’on se fait du sexe mainstream. Cela est en grande partie dû à des images véhiculées par certaines œuvres cinématographiques grand public (par exemple, Euphoria ou 50 Nuances de Grey), par les réseaux sociaux et par l’industrie pornographique… Mais sais-tu à quel point cette pratique est dangereuse ?
La strangulation, c’est la compression du larynx ou des carotides, qui sont des voies de circulation importantes de l’oxygène et du sang situées dans notre gorge. Plus généralement, le breathplay - dont la traduction littérale est “jeu de souffle” 💨🫁 - est associé à tout blocage de l’apport d’oxygène au cerveau.
Les personnes pratiquant la strangulation avancent aimer la sensation de planer qui est due à la sous-alimentation du cerveau en oxygène. Souvent, c’est aussi l’aspect psychologique de l’acte qui est apprécié, comme la sensation de perte de contrôle ou de prise de risque…
La strangulation a par ailleurs souvent une dimension genrée ♀️♂️ Des études sociologiques*, comme celles publiées dans la revue Archives of Sexual Behaviors, montrent que ce sont plus souvent les femmes qui ont tendance à être étranglées, et les hommes à étrangler, même si, bien sûr, tout existe. La raison est que cette pratique rentre dans des scripts sexuels véhiculés, par exemple, par la pornographie, et reproduits sans mise à distance et questionnement (“Pourquoi je le fais ? Est-ce que j’en ai vraiment envie ?”)
Eh bien, si ! Non seulement la strangulation comporte des risques immédiats, tels que l’évanouissement, la convulsion et la crise cardiaque (qui dans le pire des cas peuvent provoquer la mort… Gloups 😱 !) mais surtout, elle a un impact de long terme sur le cerveau, ce qui est souvent ignoré par les personnes la pratiquant !
En effet, des études menées en neurosciences* ont démontré qu’étrangler un.e partenaire pendant plus de 4 secondes, même si ce n’est que “légèrement”, cause des dommages irréversibles au cerveau 🧠 (lésions cérébrales, troubles de la santé mentale, pertes de mémoires, etc) !!... Cela augmenterait également le risque d’AVC.
Comme toutes les pratiques dangereuses, la strangulation doit être encadrée pour en réduire les risques. Lorsqu’elle est sortie du cadre BDSM, cette pratique a aussi été sortie des stratégies de maîtrise dont elle s'entourait, ce qui en a aggravé les conséquences.
Parmi ces mesures de précaution, on retrouve les impératifs suivants :
🫂 💕 La pratiquer avec un.e partenaire que l’on connaît, c’est-à-dire avec qui ce n’est pas notre première activité sexuelle, et à qui l’on fait confiance.
👋 📢 Se mettre d’accord sur un signal en cas de problème, de douleur, d’urgence ou tout simplement de limite à respecter. Cela peut-être un mot (appelé safe word) mais aussi un geste, surtout dans la mesure où la strangulation coupe la voix !...
❌🍻Pas de consommation de drogue ou d’alcool avant, afin d’être le plus en alerte possible !
👀😵💫 Le visage ne doit jamais être recouvert afin de garder un contact visuel permanent puisque, en cas d’évanouissement, il n’est plus possible de faire le signal d’alerte.
🤝 Et comme tous les rapports, cette pratique doit être mutuellement CONSENTIE ! C’est-à-dire que l’on s’est assuré que notre partenaire en a envie avant, et en a toujours envie pendant !
…Et on n’oublie pas la protection contre les IST et la contraception 🦺😉
Cependant n’oublie pas que, malgré ces précautions indispensables, cette pratique a toujours un impact négatif sur ta santé… Donc à toi de juger.
Lors des jugements de violences ou de meurtres, on retrouve de plus en plus une défense des agresseurs basée sur ces pratiques BDSM et un prétendu consentement de la victime ⚠️ Ces arguments sont dangereux parce qu’ils viennent minimiser les actes et placer une faute partagée entre la victime et l’agresseur. Ainsi, les victimes dans les procès de violences conjugales peuvent être accusées de le “chercher”, “d’aimer ça”, d’avoir des tendances masochistes. Cette défense a même déjà été adoptée lors d’un procès pour meurtre par étranglement en 2018 ! Nous devons donc rester vigileant.es quant aux représentations qui entourent ces pratiques, et être critiques face aux discours de récupération dont elles peuvent faire l’objet.
Études sociologiques :
Herbenick, Debby & Guerra Reyes, Lucia & Patterson, Callie & Rosenstock Gonzalez, Yael & Wagner, Caroline & Zounlome, Nelson. (2021). ( “It Was Scary, But Then It Was Kind of Exciting”: Young Women’s Experiences with Choking During Sex”. Archives of Sexual Behavior. 51.
Herbenick, D., Fu, Tc., Eastman-Mueller, H. et al. “Frequency, Method, Intensity, and Health Sequelae of Sexual Choking Among U.S. Undergraduate and Graduate Students.” (2022). Arch Sex Behav 51, 3121–3139
Herbenick, D., Guerra-Reyes, L., Patterson, C. et al. “#ChokeMeDaddy: A Content Analysis of Memes Related to Choking/Strangulation During Sex”. Arch Sex Behav 52, 1299–1315 (2023).
Herbenick, D., Fu, T. C., Kawata, K., Eastman-Mueller, H., Guerra-Reyes, L., Rosenberg, M., & Valdivia, D. S. (2021). “Non-fatal strangulation/choking during sex and its associations with mental health: Findings from an undergraduate probability survey.” Journal of Sex & Marital Therapy, 48(3), 238–250.
Vilhjálmsdóttir, Aðalheiður. “Sexual asphyxia, The state of choking during sex in iceland”. (2023).
Études en neurosciences :
Alexander, I. L., Huibregtse, M. E., Fu, T. C., Klemsz, L. M., Fortenberry, J. D., Herbenick, D., & Kawata, K. (2021). “Chronic elevation of serum S100B but not neurofilament-light due to frequent choking/strangulation during sex in young adult women”. medRxiv, 2021.2011.2001.21265760.
Busse, H., Harrop, T., Gunnell, D., & Kipping, R. (2015). “Prevalence and associated harm of engagement in self-asphyxial behaviours (‘choking game’) in young people: A systematic review”. Archives of Disease in Childhood, 100, 1106–1114.
Bichard, H., Byrne, C., Saville, C. W. N., & Coetzer, R. (2021). “The neuropsychological outcomes of non-fatal strangulation in domestic and sexual violence: A systematic review”. Neuropsychological Rehabilitation, 32, 1164–1192.
Hou, J., Huibregtse, M. E., Alexander, I. L., Klemsz, L. M., Fu, T.-C., Fortenberry, J. D., Herbenick, D., & Kawata, K. (2023). “Association of frequent sexual choking/strangulation with neurophysiological responses: A pilot resting-state fMRI study”. Journal of Neurotrauma, 40(13–14), 1339–1351.
Hou, J., Huibregtse, M. E., Alexander, I. L., Klemsz, L. M., Fu, T.-C., Rosenberg, M., Fortenberry, J. D., Herbenick, D., & Kawata, K. (2023). “Structural brain morphology in young adult women who have been choked/strangled during sex: A whole-brain surface morphometry study”. Brain and Behavior, 13, e3160.
Huibregtse, M. E., Alexander, I. L., Klemsz, L. M., Fu, T., Fortenberry, J. D., Herbenick, D., & Kawata, K. (2022). “Frequent and recent non-fatal strangulation/choking during sex and its association with fMRI activation during working memory tasks”. Frontiers in Behavioral Neuroscience, 16, 881678.
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